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Dermatose : qui porte vraiment le débat sur les réseaux sociaux ?

Nous publions en partenariat avec Visibrain une analyse approfondie des conversations sur X autour de la crise de la dermatose nodulaire, basée sur 492 413 tweets et 4,1 milliards de vues, ainsi que des chaînes Telegram associées.

Tous les tweets et RT mentionnant un mot clé lié à cette crise ("agriculteur", "vache"...) sur la période du 14 au 16 décembre ont été récupérés par Visibrain, et nos équipes chez Agoratlas les ont analysés.

Nous avons séparés les comptes en communautés d'audience : 2 comptes partageant un même public seront proche sur la cartographie. A l'inverse, des comptes éloignés du reste indiquent que leurs interactions sont séparées du débat central.

Cartographie des comptes avec les communautés : Liberté / Frexit, Reconquete, Politique et médias, comptes officiels, LFI / Gauche

La majorité des posts et interactions se trouvent au sein des communautés Reconquête, et les sphères souverainistes et complotistes. A l'inverse, le grand public et les médias sont plutôt éloignés et représentent qu'une fraction des posts. La gauche est quant à elle marginalisée.

Les forces en présence

Particularité de cette actualité : le grand public et les médias restent en périphérie des débats

Reconquête s’est emparé du sujet, utilisé pour promouvoir des narratifs anti-UE 

La gauche est marginalisée dans les débats, et quasi invisible sauf quelques comptes officiels 

La majorité du débat est portée par les souverainistes, et les comptes complotistes anti-vax ayant émergé lors du Covid

Les comptes des agriculteurs sont éloignés du débat central entre Reconquête et souverainistes. Cette déconnexion entre le débat politique et les agriculteurs n'est pas nouvelle, et avait été étudiée en janvier 2024 lors d'un autre mouvement.

Ou sont les agriculteurs ?

Les comptes des agriculteurs partagent peu d’audience avec les débats portés par les autres sphères, et se retrouvent dans la communauté grand public / médias.

Les syndicats (CR, Conf. Paysanne) sont davantage à la frontière entre ce cluster et les groupes très actifs à visée politique.

La critique du pouvoir en place est un des thèmes les plus présents. Cette crise permet aux groupes politisés de faire passer leur hostilité envers le gouvernement parfois en l'accusant de manipuler l'information.

La critique du gouvernement est un thème récurrent parmi les communautés souverainistes et Reconquête.

Violence d’Etat contre un groupe vulnérable, opposé à l’impunité d’autres groupes (narcotrafiquants, “racailles”)

La guerre de l’information (déni des autorités voire “fake d’Etat” présumés vs. preuves citoyennes).

2 screenshots de tweets hostiles au prefet 09 et a Laurent Nunez

Une analyse via D3lta, développé par VIGINUM, permet d'identifier des tentatives d'amplifications artificielles. Ces tentatives sont pour la plupart des récupérations politiques, critiquant le gouvernement, l'UE, ou l'accord Mercosur.

Des débats inauthentiques ?

L’outil D3lta, developpé par l’agence VIGINUM, permet de trouver les posts et contenus massivement dupliqués parmi les 492 000 tweets collectés. Cela met en lumière des tentatives d’amplification artificielle de certains narratifs.

Parmi ces actions coordonnées : la critique du gouvernement, la remise en question de l’UE et de l’accord Mercosur.

Un exemple d'une telle tentative est le partage massif de d'une pétition pour la destitution d'E. Macron. Un unique compte l'a partagé plus de 500 fois sur la période analysée, et continue de publier systématiquement ce lien sous les tweets utilisant les hashtags de la crise.

En particulier, une pétition pour la destitution d’E. Macron a été partagée près d’un millier de fois, dont plus de 500 fois par un même compte en quelques heures.

2 exemples de tweets

N.B. Les posts massivement dupliqués sont souvent attribuables à des initiatives individuelles depuis un compte unique très actif (comme ci-dessus), mais peuvent aussi provenir de campagnes coordonnées, mode opératoire courant via des boucles Telegram dans les communautés complotistes et nationalistes.

La critique de l'accord Mercosur, autre grand thème des débats, est très présents parmi les comptes favorables à l'extrême droite. Un lien particulièrement partagé est celui d'un site créé par Reconquête sans que le parti ne soit mentionné dans le corps du site.

L’autre grand thème est la critique de l’UE et de l’accord Mercosur. Un lien a particulièrement été partagé par les soutiens de l’extrême droite : soutien-agriculteurs.fr

Screenshot du site et des mentions légales

Ce site a été créé par Reconquête,
même si le contenu ne le mentionne pas.

Un certain nombre de chaînes Telegram sont également influentes dans le débat. Les thèmes partagés y sont proches de ceux retrouvés dans le débat politisé de X, portés en particulier par quelques chaînes faisant plusieurs milliers de vues.

Visibrain permet également la récupération des chaînes Telegram évoquant le sujet. Les thèmes sont similaires à ceux sur X, poussés par quelques chaînes influentes.

Dénonciations de la répression policière violente contre des éleveurs pacifiques

Souveraineté alimentaire et mondialisation : discours anti-Mercosur et théories complotistes (“Pfizer a fait élire Macron”)

Infos sur la crise : de nombreux témoignages d’agriculteurs touchés, et appels à la solidarité

Cette étude illustre comment une crise sanitaire et agricole peut être captée et détournée par des acteurs politiques organisés, créant un décalage entre les préoccupations réelles du terrain et le débat numérique.


Les comptes d’agriculteurs et la gauche apparaissent en périphérie du débat, dont la visibilité est désormais dominée par les sphères souverainistes, complotistes et les soutiens de Reconquête.

Les narratifs anti-gouvernement, anti-UE et anti-Mercosur y sont majoritaires et artificiellement gonflés.

La dynamique est amplifiée par des comportements inauthentiques, notamment autour d’une pétition de destitution et de contenus créés par Reconquête dissimulant parfois leur affiliation au parti.

Nos analyses montrent une récupération claire des débats par certains groupes politiques français, bien que d’autres enquêtes pointent aussi vers une opération de déstabilisation d’origine iranienne (info BFMTV).